À propos

Une étoile dans la gorge ?

*

Je me souviens
L’odeur de ton rire dans les rues
L’odeur des murs contre mon dos
L’averse tiède
L’odeur de pierre mouillée de ton rire
Dans nos rues
Peut-être en cherchant bien
Dans quelques millénaires
L’archéologue tirera de l’asphalte du port un talon brisé resté

En se grattant le front
Dénichera tous mes talons
Brisés à la lame de ton rire dans nos rues
Nuits après nuits
Je me souviens
En ces temps je ne portais pas de parfum et toi
Pas de montre
Nos juins agonisant de bijoux égarés
De morsures à mes jambes et des tiennes
C’est curieux
Ce souvenir
J’ai perdu ton visage ta voix
Mais pas
Tes jambes d’homme
Tes cuisses
Et nos morsures

Je me souviens la chaleur
Même la nuit la chaleur cette
Chaleur
Et nos rideaux tirés pour qu’il fasse encore nuit
Encore un peu
Ces nuits de trois jours et trois nuits sans montre et sans
Parfum
Hilares
Nu-pieds un soir sur deux

Ce matin je me
Souviens
En enfilant ces escarpins
Plats
Ma montre un nuage de Chanel sur
Chacun de mes poignets
Et je pars travailler

Un charnier de phalènes au ventre

Une étoile
Dans la gorge

Ingrid S. Kim

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C’est étroit
C’est là
Tu sais que c’est là.
C’est coincé .

Un corps étrange
Un noeud indivisible.
-ça pique Ça gratte ça démange –

Un Corps brillant
de sa propre lumière
une poussière au fond d’un gouffre.

C’est noué .
– Ça s’accroche aux parois ça frotte ça râpe-

Un Corps pur
Une plainte qui monte
Un sanglot qui roule.

C’est étroit.
C’est là.
Tu sais que c’est là.
C’est coincé .
– Ça n’éclaire rien Ça brûle ça empêche .

Un corps étrange
Un cheval attaché
Un orage étranglé .

-ça vient du ciel ça sort Du ventre –
C’est un cri
C’est un râle
C’est un chant

-ça ne se détache pas de La gorge-
De ma gorge.

Celle Qui Dit

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Je  respire  -respire-moi- respire
L’air dans un souffle oublié
Que je  cherche  encore
Dans la voix
Une traduction des traverses
au fond de moi le manque d’un mot
Dans cette crevasse
ma gerçure d’oiseau à gorge rouge
Entre les cils et quelques herbes hautes
où m’apercevoir
Quand l’écriture devient

Une tasse de café au lait et le vent
Poing levé ivre pour croire au monde
mon corps aimant aimé peut-être
au milieu de sa racine tordue
et le pouls du jour en cordes lisses
des chinoiseries au territoire du désir
et des pensées brouillonnes
à l’échappée de moi-même
ce  que l’on veut toujours tu sais
toute une route à suivre à tomber
mille et une fois
une alerte de l’émotion tenue à dix remparts
du naufrage
dans la nuit aux lumières attentives
et dans l’écho de la lampe
une étoile écorchée
accrochée au rideau
Quand l’écriture devient voix

Brigitte Giraud

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au delà des sanctuaires, des cloisons, des tours d’ivoire *
un cri *
le corbeau dévore les yeux *
il offre les clefs *
l’aveugle s’éveille *
ouvre les portes cachées entre les veines *
Le corbeau cherche l’étoile *
sonde la nudité *
sonde le torse *
la chair peuplée d’oiseaux démange *
sonde la nudité jusqu’à la dernière brique *
l’aveugle griffe la chair *
la langue démange *
sonde le ciel peuplé d’oiseaux *
l’aveugle appelle les oiseaux *
offre la gorge écarte les épaules offre la gorge le torse *
offre l’étoile au corbeau *
offre tout ce qu’il possède jusqu’à la dernière brique *
les oiseaux tournoient dans le ciel tournoient dans la gorge au son du tambourin *
un cri et des plumes noires *
la langue peuplée d’oiseaux dévore la chair sonde la nudité *
ouvre les portes cachées entre les veines ouvre le ciel *
l’aveugle possède les clefs *
au delà des sanctuaires, des cloisons, des tours d’ivoire *
Le corbeau entend ceux qui ont une étoile dans la gorge *

Oslo Deauville

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