Stéphane Bernard

StephaneBernard

D’après l’un de mes bons amis je mènerais la vie du jeune, très jeune cucumis sativus. Précocement isolé de sa branche, l’enfant-fruit est plongé dans un environnement amer, qu’il apprécie tout particulièrement. Sans doute parce qu’il lui conserve l’enveloppe croquante, manière de cuirasse que nécessite un cœur habituellement plus tendre. Il passe dès lors le plus clair de son temps dans ce bain plus profond que lui-même, fixant le monde au travers du verre blanc, attendant avec un effroyable trac la bouche d’ombre qui l’engloutira. Sa forme usuelle est l’ellipse. Le roi Salomon consommait, à ce qu’on rapporte, sa chair mature parce qu’elle aurait été génératrice de sagesse. Il est par contre parfaitement avéré qu’à la faveur d’une forte teneur en sodium le cucumis sativus “captif” est tout à fait capable de produire sous une charge positive et négative les photons nécessaires à son illumination.

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Froid et littérature


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Froid et littérature

bonheur du foyer retrouvé
après des heures de marche dans le grand froid.
les yeux clos, le fauteuil.
l’effet loupe de la baie vitrée.
le léger picotement sur la peau, du froid qui se retire….

repenser à cette honte.
cette honte – même pas intense – de fuir.
marcher à l’aval de la rivière, le long de cet arc d’eau,
cherchant un nouveau rapport au cercle,
et ne rentrer qu’avec les vers qui la feront provisoirement oublier.

les flaques gelées, leur glace au froissement figé, opaque.
le corbeau posé comme un point dans l’arbre fade et endormi.
le congénère qui bat des ailes d’une rive à l’autre.
et soudain cette peur du reste de ton chemin.
du segment au bout, dans l’ombre,
celui sous les arbres grandis par un soleil qu’ils mangent.
la dent du froid déjà dans ton visage et déjà dans tes membres,
ta peur monte et c’est ce que tu veux. tu reviens.

je remarque les plaques de glace brisées comme des vitres
par les pieds des joggers trop alertes pour y prendre.
sur la seule palissade du retour
quelqu’un a écrit une longue phrase de Tolstoï.
je pense à sa mort doublement glacée.
au maître, au serviteur perdus par la neige.
une sentence comme un vin chaud. des mots de secours, encore.
l’idée de se croire apte à un peu de bonté, toujours. celle pour réparer.
ou se taire. pour que vivre soit avancer. je rentre.

le soleil a commencé de libérer l’eau des flaques,
miroirs du chemin bleuis de bouts du ciel.
trois longs oiseaux noirs à becs jaunes se propulsent
dans le ciel à mon approche. je les fixe.
inséparables, fidèles, mousquetaires lacustres des cieux.
je n’entends que le vrombissement continu d’un groupe
d’usines lointaines et le bruit de mes pas sur la terre.
une mouette se laisse aller quelques secondes, plane,
avant de mouvoir de nouveau ses ailes.
plus loin il y a toujours un corbeau. qui ponctue maintenant l’autre rive.

à deux pas de chez moi, je remarque la lune en plein jour.
elle défie maladivement le soleil, lui fait une ombre blanche.
cette dernière image conclut et ne conclut pas mon retour.

étoile

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